L’histoire vraie de la condamnation à mort d’un juif nazi

00786872-photo-affiche-danny-balintTantôt, un lecteur m’avait conseillé de regarder Danny Balint, car paraît-il ce film parlait de moi et de ma propre névrose.

Je l’ai vu et je l’ai aimé. Cela m’a un peu replongé dans mes jeunes années, où je ne ratais pas un film du cinéma-américain-indépendant-primé-au-festival-de-Sundance.

C’est toujours un peu de la même chose que ces films parlent : l’errance d’une jeunesse déstructurée et perdue face au vide existentiel dans une société sans espoir.

 

Après bon, ça c’est le cadre général. Pour faire un film après les autres, faut trouver un personnage et un scénario. Le nôtre repose sur l’histoire vraie de la mort d’un jeune skinhead new-yorkais qui avait trouvé le sens de sa vie dans la haine des juifs. Un juif lui-même, en plus, ça met du piment.

Mais comme j’ai perdu mon innocence, je ne peux plus regarder un film politique sans vouloir y débusquer la propagande. En général, il y en a toujours.

Sur celui-là j’ai été surpris. Certes de la propagande il y en a. Mais elle est plutôt légère.

Enfin disons au moins que les motivations des skins et des intellectuels fascistes sont présentés avec honnêteté. Le fait que la presse et la banque soient contrôlées par des juifs est rappelé incidemment. Mais même plus profondément le discours philosophique anti-sioniste (la modernité comme une maladie juive, une maladie du déracinement et du devenir-marchandise) est exprimé avec une certaine justesse.

Il y a un peu de Friedrich Nietzsche chez ce garçon. Ou de Simone Weil :

Il n’y a pas de race plus énigmatique, plus fatale et par conséquent plus intéressante que celle des juifs.
Tout écrivain qui, comme vous, est oppressé par l’aspect du présent et embarrassé par son angoisse devant l’avenir, doit chercher à élucider la question juive et sa portée sur notre époque.
Car la question juive et son influence sur le monde ancien et moderne plonge à la racine même de toute chose et doit être discutée par tout penseur honnête, si grandes soient les difficultés qu’elle comporte, si complexe soit le sujet, aussi bien que les individus de cette race.
Vous révélez, et avec une grande ferveur, les rapports qui existent entre le collectivisme de la finance internationale immensément riche – la démocratie des valeurs d’argent… Et tous ces maux et ces misères économiques aussi bien que politiques vous en remontez la trace à une seule source « 
fons et origo malorum » : les juifs.
…Il ne s’est guère passé un événement dans l’Europe moderne sans qu’on puisse remonter la trace jusqu’aux juifs.
Toutes les idées et tous les mouvements des temps modernes ont jailli d’une source juive et ceci pour la simple raison que l’idée sémitique a finalement conquis et entièrement asservi notre univers.
Il ne fait aucun doute que tout ce qu’ils font, les juifs renchérissent en mieux ou en pire sur les goyim et il ne fait aucun doute que leur influence aujourd’hui justifie une très soigneuse enquête et il n’est pas possible d’envisager cette influence sans sérieuses alarmes.
Nous les juifs, nous nous sommes très gravement trompés. Il n’y a pas plus, aujourd’hui, que de fausseté et folies. Une folie qui produira une misère encore plus grande et une anarchie encore plus profonde
.

Mais chez notre ami, ces considérations disparaissent noyées sous la passionnante question du goût des uns et des autres pour les pipes et sous l’exhibition spectaculaire de sa violence et de son arme. On dira que c’est parce que ça passe mieux au cinéma.

Un autre point qui échappe à la propagande grossière et fait de ce film un objet politiquement ambiguë : la question israélo-palestinienne y est abordée avec toute la violence des questions qui se posent dans la réalité : Quid de Sabra et de Chatila ? Et d’Ariel Sharon ? Les Israéliens se comportent-ils mieux ou pas mieux que les nazis ? Oui, non, peut-être, oui mais bon c’est la guerre que veux-tu, non non tu dis n’importe quoi tu es antisémite tais-toi, salauds de juifs que nous sommes : il n’y a pas de réponse claire, plutôt la variété des jugements que l’on trouve aussi dans la réalité.

Là où le film trouve sa portée, selon moi, c’est que ces questions, abordées par des personnages juifs, le sont aux portes de la synagogue (1h11′ du film).

Car ce film trace l’histoire d’un believer. Et pour un croyant, la politique ne peut dépasser le rang de l’anecdote. C’est dans la confrontation avec son dieu que le destin de Danny va se nouer et le film révéler sa portée.

Tout le reste est pipi de chat. Il fréquente des skins et des fachos ? La belle affaire. Il tue le riche banquier juif Illio Manzetti ? Peut-être mais est-ce bien lui le coupable ? Il dit que Dieu n’existe pas ? Et alors  ? Est-ce qu’il existe après tout ?

Il récuse l’autorité de la Torah ? Ah là, l’affaire se corse ! Car ce dieu, ce dieu qui n’existe pas (« Il n’y a rien là-haut » : ce sont les derniers mots du film), ce dieu n’a pas besoin d’exister ailleurs que dans l’Écriture pour anéantir dans le feu, ici, sur cette terre, celui qui osa croire que peut-être la chair est sainte et vouée à la résurrection. C’est la pure doctrine sadducéenne.

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A propos Franck Ferdinand

Poète franckferdinand@free.fr
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2 commentaires pour L’histoire vraie de la condamnation à mort d’un juif nazi

  1. Agg dit :

    Ravi que le film vous ait plu.

  2. Malchiel dit :

    Je viens de retrouver Danny Balint en streaming, je vais le regarder.

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