Ma traduction de l’Évangile (22)

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Au matin, tous les archiprêtres et les anciens du peuple tinrent conseil contre Jésus, pour le mettre à mort.

Ils l’attachèrent, l’emmenèrent et le livrèrent au prince Ponce Pilate.

Voyant qu’il avait été condamné, Judas, qui l’avait livré, regretta et ramena les trente pièces d’argent aux archiprêtres et aux anciens en disant : J’ai commis une faute en livrant un sang innocent. Ils lui dirent : Qu’est-ce que c’est pour nous ? C’est toi qui vois.

Il jeta les pièces d’argent dans le Temple et s’en retourna; il partit se pendre.

Les archiprêtres prirent les pièces d’argent et dirent : Il n’est pas possible de les verser au trésor du Temple, puisque c’est le prix d’un sang.

Ils prirent conseil et achetèrent avec elles le champ du potier, pour être le tombeau des étrangers.

C’est pourquoi ce champ a été appelé jusqu’à aujourd’hui : champ de Sang.

Alors s’accomplit la parole du prophète Jérémie, lorsqu’il dit : Et ils prirent les trente pièces d’argent, le prix de celui qui a été estimé, qu’ils ont estimé à partir de fils d’Israël; ils les ont données pour le champ du potier, conformément à ce que le Seigneur m’avait ordonné.

Jésus se tint devant le prince; le prince l’interrogea en disant : Tu es le roi des Juifs ? Jésus lui dit : C’est toi qui le dis.

Mais aux accusations portées contre lui par les archiprêtres et les anciens, il ne répondit rien.

Alors Pilate lui dit : Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ?

Il ne lui répondit pas sur la moindre parole, au grand étonnement du prince.

A chaque fête, le prince avait l’habitude de renvoyer à la foule un prisonnier, celui qu’elle voulait.

Il avait alors un prisonnier emblématique, appelé Barrabas.

Comme ils étaient assemblés, Pilate leur dit : Qui voulez-vous que je vous renvoie ? Barrabas ou Jésus dit Oint ?

Car il savait qu’ils l’avaient livré par haine.

Comme il était assis à la tribune, sa femme lui fit dire : Qu’il n’y ait rien entre toi et ce juste, car j’ai beaucoup souffert aujourd’hui en rêve à cause de lui.

Les archiprêtres et les anciens persuadèrent la foule de demander Barrabas et de faire mourir Jésus.

Le prince leur dit : Lequel des deux vous renverrai-je ? Ils dirent : Barrabas !

Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus dit Oint ? Ils lui disent tous : Qu’il soit mis en croix !

Le prince dit : Qu’a-t-il fait de mal ? Ils hurlèrent plus fort et dirent : Qu’il soit mis en   croix !

Voyant que cela ne servait à rien, mais qu’il y avait davantage de désordre, Pilate prit de l’eau et se lava les mains en face de la foule, en disant : Je suis innocent du sang de ce juste; c’est vous qui voyez.

Tout le peuple lui répondit : Son sang sur nous et sur nos enfants !

Alors il leur renvoya Barrabas; il fit flageller Jésus et le livra pour qu’il soit mis en croix.

Alors les soldats du prince emmenèrent Jésus au palais du prince et assemblèrent autour de lui toute la cohorte.

Ils le dévêtirent et l’entourèrent d’un manteau carmin.

Ils tressèrent une couronne d’épines, ils la lui mirent sur la tête et un roseau dans la main droite; ils s’agenouillaient devant lui et le raillaient en disant : Salut, le roi des Juifs !

Ils lui crachèrent dessus et prirent le roseau pour le frapper sur la tête.

Après l’avoir raillé, ils lui enlevèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et le conduisirent pour qu’il soit mis en croix.

Ils allèrent à un endroit appelé Golgotha, ce qui veut dire : endroit du Crâne.

Ils lui donnèrent à boire du vinaigre mélangé à de la bile; il goûta et refusa de boire.

Ils le mirent en croix et partagèrent ses vêtements en tirant au sort.

Ils s’assirent là et l’observèrent.

Ils placèrent au-dessus de sa tête sa condamnation écrite : Cet homme est le roi des Juifs.

Deux voleurs furent mis en croix avec lui, l’un à droite, l’autre à gauche.

Les passants le blasphémaient en bougeant la tête.

Ils disaient : Toi qui détruis le Temple et en trois jours le bâtis, sauve-toi toi-même; si tu es Fils de Dieu, descends de la croix !

De même aussi les archiprêtres raillaient avec les scribes, les anciens et les pharisiens; ils disaient : Tu en as sauvé d’autres, mais tu ne peux pas te sauver toi-même. Si tu es roi d’Israël, descends maintenant de la croix et nous croirons en toi.

Il a confiance en Dieu : que Dieu le préserve maintenant, s’il le veut ! Car il a dit : Je suis Fils de Dieu.

Même les voleurs qui étaient mis en croix avec lui lui adressaient les mêmes reproches.

De la sixième à la neuvième heure, il y eut de l’obscurité sur toute la terre.

Autour de la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : Éli, Éli, lima sabachtani ? ce qui veut dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as tu abandonné ?

Quelques-uns de ceux qui se tenaient là entendirent et dirent que cet homme appelait Élie.

Aussitôt l’un d’eux prit une éponge, la remplit de vinaigre, la plaça sur un roseau et le fit boire.

Mais les autres disaient : Laisse : voyons si Élie vient le sauver !

Jésus hurla à nouveau d’une voix forte et rendit l’âme.

Le voile du Temple se fendit en deux, de haut en bas; les pierres se fendirent.

Les sépulcres s’ouvrirent et beaucoup de corps des saints couchés se levèrent.

Sortant des sépulcres après qu’il se fut levé, ils entrèrent dans la Ville sainte et apparurent à beaucoup.

Le centurion et ceux qui observaient Jésus avec lui, voyant le tremblement de terre et ce qui avait lieu, eurent très peur et dirent : Véritablement cet homme était Fils de Dieu.

Il y avait là beaucoup de femmes qui contemplaient de loin; elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir.

Parmi elles il y avait Marie la Magdalénienne, Marie, la mère de Jacob et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.

Le soir venu, un homme riche, nommé Joseph, vint d’Arimathée; lui aussi avait été disciple de Jésus.

Cet homme alla voir Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna que le corps soit rendu.

Joseph reçut le corps et l’enveloppa dans du lin pur.

Il le plaça dans son nouveau sépulcre, qu’il avait fait tailler dans la pierre; il fit rouler une grande pierre à la porte du sépulcre et partit.

Il y avait là Marie la Magdalénienne et l’autre Marie, assises en face du tombeau.

Le lendemain, qui était le jour d’après la Préparation, les archiprêtres et les pharisiens s’assemblèrent devant Pilate.

Ils dirent : Seigneur, nous nous souvenons que cet imposteur a dit, quand il était encore vivant : Après trois jours, je me lèverai.

Ordonne donc que le tombeau soit sécurisé jusqu’au troisième jour, afin que ses disciples n’aillent pas le voler de nuit et ne disent au peuple : Il s’est levé de chez les morts. Cette dernière imposture sera plus grande que la première.

Pilate leur dit : Montez la garde; allez : sécurisez comme vous savez !

Ils partirent sécuriser le tombeau et scellèrent la pierre après la garde.

 

(Évangile d’après saint Matthieu 27, traduction de Franck Ferdinand)

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A propos Franck Ferdinand

Poète franckferdinand@free.fr
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5 commentaires pour Ma traduction de l’Évangile (22)

  1. Reginald dit :

    Bonjour,

    Puisque j’ai un peu de temps, je vais laisser ici mes commentaires.

    – Traduire ἡγεμών par « Prince » est peut-être un peu fort. Le sens du mot grec est assez large : dirigeant, guide, seigneur, commandant, gouverneur… De plus, à l’époque, seul l’empereur Tibère aurait porté le titre de « princeps » : l’idée était d’éviter les titres comme rex, dominus ou dictator qui auraient brisé l’illusion que Rome était toujours une république.

    – Dans certains anciens manuscrits de l’évangile de Matthieu, Barrabas (dont le nom signifie littéralement « fils du père ») a pour prénom Jésus. Le choix que Pilate donne à la foule n’en est que plus dramatique : « Jésus fils du père, ou Jésus que l’on nomme Christ ? ». Le fait qu’un bandit ait partagé le même prénom que Jésus a fortement perturbé Origène qui a déclaré que de tels manuscrits avaient dû être écrits par des hérétiques.

    – « Je suis innocent du sang de ce juste » => certains manuscrits formulent ce passage un peu différemment : « Je suis innocent de ce sang ».

    – « Ils le dévêtirent et l’entourèrent d’un manteau » : certains manuscrits disent εκδυσαντες (« l’ayant déshabille »), d’autres ενδυσαντες (« l’ayant habillé »).

    – « manteau de couleur pourpre » => κόκκινος vient de κόκκος, la cochenille, qui produit non pas la couleur pourpre mais carmin. Dans l’Évangile de Marc en revanche, le manteau est bien pourpre (πορφύρα).

    – « Ils lui donnèrent à boire du vinaigre mélangé à de la bile » : les manuscrits les plus anciens parlent de vin (οἶνος) et pas de vinaigre (οχος).

    – « Éli, Éli, lima sabachtani ? ». Dans d’autres manuscrits « Eloi, Eloi, lema sabachthanei ». C’est cette dernière version que l’on retrouve dans la Passion du Christ avec Mel Gibson (je reconnais que la référence n’est pas terrible).

  2. Merci de vos remarques et de votre précision. Je réponds point par point :

    -À la base, j’avais traduit ἡγεμών par chef qui est sans doute mieux. Mais le problème c’est que je m’efforce de traduire un mot grec toujours par le même mot français et aussi de respecter les familles de mots. Or j’avais en Matthieu 2 : « Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es nullement la moindre parmi les principales (ἐν τοῖς ἡγεμόσιν) villes de Juda; car c’est de toi que sortira un prince (ἡγούμενος), qui paîtra mon peuple, Israël. » Je suis peut-être trop accroché à un principe, au point de rendre à l’occasion un français artificiel, mais je tiens à essayer de rendre audible le réseau des échos de sens qui courent le texte.

    -κόκκινος : je me suis trompé, merci, je corrige.

    -Vous m’aviez déjà adressé des reproches sur la qualité du manuscrit sur lequel je me base ( http://ba.21.free.fr/ntgf/cover.html ). Étant très ignorant de ces questions, je vous crois sur parole. Et tant qu’à faire les choses, autant les faire bien : sauriez-vous où je pourrais trouver un manuscrit de meilleure qualité, sur Internet si possible, ou en bibliothèque ?

    -J’ignorais pour Barrabas, et Wikipédia précise ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Barabbas ) qu’il était un agitateur politique, ce qui dit bien par la négative la nature de l’enseignement de l’autre Jésus.

    -« l’illusion que Rome était toujours une république » : ah oui, pardon, c’est bien de Rome que vous parlez. Vous n’avez pas mauvais esprit, c’est bien.

    -Mel Gibson n’est peut-être pas un aussi bel artiste que Pasolini mais son film me paraît loin d’être indigne et lui-même plutôt un bon bougre.

  3. Je pourrais peut-être traduire ἡγεμών/ἡγούμενος par « chef » et ἡγεμόσιν par « capitales », je respecterais mes principes mais bon, « capitale » pour Bethléem, c’est là que c’est peut-être un peu exagéré. J’y réfléchirai.

  4. Reginald dit :

    Bonsoir,

    Je ne critiquais absolument pas votre manuscrit. Je pointais juste les endroits où les manuscrits ont tendance à diverger. Je ne cherchais absolument pas à faire des reproches.

    Concernant Rome, ce n’est pas un trait d »humour de ma part. Jésus est né sous le règne du premier empereur, et mort sous celui du second : l’Empire était encore tout jeune et le sentiment anti-royaliste qui existait depuis les débuts de la république étaient vivaces. Le fait que la monarchie soit un tabou est ce qui avait valu à César de se faire assassiner, de peur qu’il ne se fasse proclamer roi.

    Afin d’éviter un sort similaire, son héritier, le premier empereur Auguste, organisa une comédie sophistiquée où il se présentait à la fin de la guerre civile comme le « sauveur de la république ». Il garda les apparences extérieures de la république (sénat, etc.), tandis qu’il prenait le pouvoir. Au lieu de se conférer des titres d’autorité qui auraient insulté les Romains, il inventa celui de « premier des citoyens » (« Princeps Civitatis » qui a donné « Prince » en français). Ses successeurs ont soigneusement entretenu ces apparences.

    On appelle cette période de l’histoire de Rome le Principat. Cette farce ne prend fin que deux siècles plus tard, lors des réformes de Dioclétien qui fait de Rome une véritable monarchie absolue : ce n’est qu’à partir de là que les empereurs prennent des titres royaux.

  5. J’avais bien compris, Reginald, que vous ne me laissez pas des messages pour polémiquer ou me chercher des poux dans la tête, ne vous inquiétez pas. Je suis du reste très heureux de profiter de votre savoir et la critique est toujours enrichissante. Je m’efforce de faire un travail de qualité et le résultat ne me paraît pas indigne, mais c’est embêtant si je me base sur un mauvais manuscrit. De toute façon, pour moi c’est du temps et de la peine, alors c’est dommage si le résultat est ruiné par sa base.

    Sur Rome, je sais bien tout ce que vous me dites. En tout cas je suis plus au fait de l’histoire romaine que des questions de Bible. Un rappel est toujours utile cependant. Mais c’était moi qui voulais faire un trait d’humour. Pour dire les choses clairement, je vois notre république à nous aussi glisser dans l’illusion et la farce. Sous Auguste, les consuls continuaient d’être élus par les comices. Comme quoi l’élection ne suffit pas à faire la république. Mais ça serait nous entraîner sur un terrain politique où vous en voulez peut-être pas aller.

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