De Christopher Lasch (2)

Christopher-Lasch-Quotes-1L’éthique d’autopréservation et de survie psychique prend donc racine, non seulement dans les conditions objectives de la guerre économique, dans l’accroissement du taux de criminalité et dans le désordre social, mais également dans l’expérience du vide et de l’isolement. Elle reflète la conviction -projection d’anxiétés intérieures autant que perception de la réalité- que l’envie et l’exploitation dominent les relations, même les plus intimes. Le culte des relations personnelles, qui s’intensifie à mesure que s’éloigne l’espoir de solutions politiques, cache un désenchantement profond vis-à-vis de ces relations, de même que le culte de la sensualité implique une répudiation de toute sensualité, excepté dans ses formes les plus primitives. L’idéologie du développement personnel, optimiste à première vue, irradie résignation et désespoir profond. Ont foi en elle ceux qui ne croient en rien.

 

(La Culture du narcissisme)

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A propos Franck Ferdinand

Poète franckferdinand@free.fr
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9 commentaires pour De Christopher Lasch (2)

  1. Agg dit :

    Ca me fatigue, ce négativisme. Lasch a raison et tort à la fois. Il a raison dans le sens où oui, la psyché de l’individu contemporain a changé, ainsi d’ailleurs nombre d’observateurs (lire ou relire Ehrenberg, notamment). Mais Lasch se trompe à mon sens en faisant de ce changement une sorte de marqueur du déclin. C’est « juste » un changement, qui a ses avantages et ses inconvénients : la problématique de notre temps, c’est l’autonomie. L’autonomie, c’est un gain de liberté, mais ça se paye d’un tribut d’angoisse et d’une redéfinition du lien social. Bien, pas bien : on peut ergoter longtemps sur ce qui n’est plus, n’a sans doute jamais été, aurait pu être… On touche là aux limites de l’analyse sociologique. Lasch a hélas tendance à tomber dans l’opinion : à le lire, c’était mieux avant.

    • Agg dit :

      Wow, j’ai peut-être abusé du rouge, au resto. Il faut lire : « ainsi d’ailleurs qu’en attestent nombre d’observateurs… » :-p

  2. Voilà. C’était mieux avant. Excellent esprit de synthèse. Je vous félicite.

    Sinon, c’est surtout ici (https://franckferdinand.wordpress.com/2014/03/24/la-controverse-de-sion/#comments) que j’attendais une réponse de vous. Parce que passéiste, idéaliste, pessimiste, décliniste, tout ce que vous voudrez : OK je prends. Mais complotiste et antisémite, je récuse absolument. Et puis, il ne faut pas désespérer, une personne qui aime trop le vin rouge ne aurait être entièrement mauvaise.

  3. Agg dit :

    Quelle mouche vous pique ? Je ne crois pas vous avoir jamais attaqué personnellement, en revanche j’ai eu l’audace de rappeler que la littérature à laquelle vous vous référez est effectivement, ne vous en plaise, complotiste et antisémite. Par ailleurs, si je ne vous ai pas répondu, l’autre fois, c’est parce que pour moi, sionisme et anti-sionisme se révèlent aussi fallacieux l’un que l’autre de par leur caractère idéologique et accessoirement parce que je considère que la « question juive » ne constitue pas une clé de lecture pertinente des événements du monde.

    Quant à Lasch, si je partage son analyse proprement sociologique, je ne partage pas ce qui relève de son opinion personnelle, à savoir, pour le coup, une certaine idéalisation du passé, oui. On peut critiquer son époque sans sombrer dans la nostalgie du bon vieux temps ou au contraire dans l’espoir d’un avenir radieux.

  4. Quelle mouche me pique ? Allons, allons, je suis resté très courtois, voyons… Mais puisque vous m’aviez traité d’antisémite, je me permets de souligner que l’antisionisme n’est pas un oiseau qui volète dans le ciel des idées, mais qu’il se coltine à un certains nombre de faits corroborants qu’il vaut mieux occulter pour continuer à croire à un certain nombre d’idées, justement. Sur Lasch, rien à redire, une question de tempérament sans doute.

    • Agg dit :

      1) Je ne vous ai jamais traité d’antisémite. 2) Vous n’avez pas le monopole de l’antisionisme : ce dernier n’est pas quelque chose d’unitaire, mais renvoie au contraire à des positionnements très différents. Le vôtre, radical, vous mène comme par hasard à mettre en doute « un certain nombre d’idées », dont, sans surprise, le génocide juif : un drôle d’oiseau, dont le chant n’envoûte pas les oreilles de nombreux antisionistes. 3) Ce que vous appelez des « faits corroborants », je les appelle quand à moi des biais de confirmation d’hypothèse, dont vous êtes à l’évidence friand. C’est un « raisonnement » à la Soral, sans mise à l’épreuve du réel, puisque la théorie initiale est irréfutable, toute critique étant automatiquement interprétée dans le sens d’une « résistance » à la vérité dévoilée, ou tenue pour « preuve » de l’appartenance de son interlocuteur au camp ennemi… à moins bien sûr qu’il ne s’agisse d’un imbécile, incapable de comprendre la subtilité de l’analyse produite. A tous les cas on gagne, du moins le temps de n’avoir pas réfléchi, comme dirait Valéry.

  5. L’accusation d’antisémitisme n’était pas portée contre moi directement. Je vous en donne acte.

    « Un certain nombre d’idées » : je ne pensais évidemment pas à la Shoah, puisque la Shoah n’est pas une « idée », elle n’est pas de l’ordre du concept, mais du récit. Que vous comptiez le génocide juif comme une « idée » est tout à fait suspect.

    Les biais interprétatifs de Taguieff, j’explique précisément où on peut les trouver, en m’abstenant de toute plongée sauvage dans la psyché de cet adversaire, mais en restant au niveau de son texte. Je n’ai pas droit pour ma part à la même bienveillance.

    La plongée dans le réel, c’est évidemment ce qui corrobore ou infirme, mais a posteriori, pas a priori.

    • Agg dit :

      Allons, allons, Franck, ce n’est pas à un agrégé de lettres que je vais apprendre ce qu’est une ellipse : ce n’est évidemment pas le génocide juif que je désignais comme une idée, mais son existence, remise en cause par quelques tristes sires auxquels vous accordez une tribune ici même.

      Je ne vois pas bien à quel moment j’aurais réalisé une « plongée sauvage dans votre psyché ». J’ai pointé chez vous une méthode d’analyse, qui me paraît fallacieuse pour tirer des conclusions raisonnables. Je rajouterais au risque de vous surprendre que je ne vous considère pas comme un adversaire, mais bien plus simplement comme quelqu’un avec lequel je dialogue. Que nous ayons des points de désaccord n’a rien de surprenant et me réjouit plutôt : l’entre-soi m’a toujours profondément ennuyé.

      Quant à Taguieff, je ne suis pas son avocat. Je sais pertinemment quelle est sa ligne politique, mais contrairement à vous, je n’en déduis pas automatiquement que cela invalide ses travaux savants. Dans l’étude que vous citiez sur un autre fil de commentaires, Taguieff déconstruit un mythe, qui remonte à loin dans l’Histoire, bien avant ces fameux crimes sionistes que vous lui reprochez de ne pas évoquer. Ca ne veut bien sûr pas dire que ces crimes n’existent pas, mais ne peut-on également imputer des crimes aux terroristes palestiniens ? C’est une guerre et une guerre, ce n’est pas joli. Pour finir sur ce point, je dirais que je trouve particulièrement préoccupant que des slogans renvoyant à un conflit se déroulant au Proche-Orient soient proférés dans le cadre d’une quelconque manifestation nationale, qu’il s’agisse de « Sionistes assassins » ou de « Israël vaincra »…

  6. Vous aviez compris, mais cela va mieux peut-être en le disant, que je vous tiens pour un contradicteur, non un adversaire. Taguieff, c’est autre chose. Le slogan dont j’ai rendu compte qu’il était effectivement scandé, et dont il dresse l’archéologie, doit être compris en contexte, cela me paraît évident. Entre deux « sionistes assassins », il y avait « Israël assassin » et « BHL assassin ». « Israël assassin », je n’ai même pas cherché à comprendre, il m’est apparu spontanément que les gens avaient en tête Plomb durci, et autres joyeusetés. Et pour « BHL assassin », c’est on ne peut plus limpide, il faudrait avoir l’esprit tordu pour imaginer que cela fait référence à autre chose que la guerre de Libye et de Syrie. Et le dépècement de la Yougoslavie pour les plus âgés. Alors aller chercher des messes noires dans la Palestine du XIXe siècle pour trouver des explications, c’est faire de l’archéologie freudienne des consciences, c’est très passionnant si l’on veut, mais cela participe aussi à une stratégie crifienne assez claire, me semble-t-il, de psychiatrisation des antisionistes (https://www.youtube.com/watch?v=YeeeLO2UIuk).

    Mais ce qui me révolte le plus dans toutes ces histoires, ça n’est pas tant le comportement des Israéliens, qui font la guerre comme on la fait, ou le sort des Palestiniens, quoique ce petit peuple ait toute ma sympathie, c’est le comportement des autorités françaises. Dans l’absolu, je suis d’accord avec vous, si l’on me demandait mon avis, et je ne sache pas que Fabius (https://www.youtube.com/watch?v=YeeeLO2UIuk) ait cette intention, la France observerait une certaine neutralité dans les guerres du Proche-Orient. Je suis très nostalgique de l’abandon du rôle de protecteur des chrétiens d’Orient, qui avait été le rôle assigné à notre pays par François Ier, et que la République avait prolongé, rôle qui nécessiterait d’entretenir des liens autant avec les juifs qu’avec les musulmans.

    Mais je ne peux pas ne pas voir que ce rôle a été abandonné et que la France est désormais du côté des égorgeurs des chrétiens d’Orient. Cela me révolte et m’écoeure. Et comme j’essaye de comprendre et que je comprends pas la politique française en termes d’intérêt national, je me vois contraint, oui contraint, d’aller chercher des explications complotistes. Ca n’est pas de gaieté de coeur. C’est très douloureux. Et il se trouve que cela colle assez bien avec certains faits troublants. Et en lisant Reed, je me reconnais entièrement dans les réactions de ce monsieur, quand il abandonne son enquête et livre à ses lecteurs ce qu’il ressent en tant qu’Anglais dans la politique menée par son pays dans cette partie du monde.

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