Narcisse

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A Nazar

L’endroit était des plus aimables.
J’y marchais parmi les érables,
Les pêchers et les cognassiers,
Les cyprès et les cerisiers.
A force de le parcourir,
Je finis par y découvrir
Une fontaine sous un pin.
Depuis Charlemagne ou Pépin,
Si beau pin n’avait été vu
Ni si haut n’avait jamais crû.
Il dominait la forêt, l’arbre.
Et dans son tronc, faite de marbre,
Une fontaine d’eau limpide
Ornementait l’arbre impavide.
Et sur la pierre était écrit
En caractères tout petits
Que c’est sur ce bel édifice
Que jadis était mort Narcisse.

Narcisse était un beau garçon
Sur qui l’amour, à sa façon,
Avait jeté son dévolu.
Mais il était irrésolu.
Le dieu Amour l’a fait tant geindre
Que je crois bien qu’il est à plaindre
Et que ce fut soulagement
Pour ce mélancolique amant
Lorsqu’il dut à Dieu rendre l’âme
Parce qu’Echo, la grande dame,
L’avait aimé comme un archange
Sans rien recevoir en échange.
Elle dit qu’il lui donnerait
Son amour, ou qu’elle mourrait.
Mais il fut pour sa grand beauté
Plein de dédain et de fierté,
Ne voulant rien lui accorder,
Mais préférant la brocarder.
Quand elle se vit éconduite,
Bouleversée par sa conduite,
Elle se crut au pilori.
Folle de rage, elle en périt.
Mais juste avant que de mourir,
Elle dit à Dieu son désir
Que ce Narcisse au cœur de pierre,
Dont l’âme froide était altière,
Fût tourmenté aussi un jour
Et ravagé par un amour
Dont il ne pût de joie attendre ;
Comme ça, il pourrait comprendre
Quelle douleur ont les amants
Qui sont rejetés méchamment.

Dieu jugea que cette requête
Etait justifiée et honnête.
Et Narcisse, par aventure,
Au pin de la fontaine pure,
Vint se coucher sur la garrigue
Après la chasse et ses fatigues.
Il était bien las et recru
D’avoir peiné et tant couru.
Il avait soif et le soleil
Colorait sa peau de vermeil.
Il avait perdu son haleine
Et quand il trouva la fontaine
Que le pin de branches couvrait,
Il eut l’idée qu’il y boirait.
Il se mit sur la pierre, au centre,
Pour boire, couché à plat ventre.
Là, dans l’eau qui ôte la fièvre,
Il vit ses yeux, son nez, ses lèvres.
Il s’ébahit soudainement
Car son reflet, présentement,
Lui montrait la belle figure
D’un enfant beau plus qu’à mesure.
Ainsi l’Amour tira vengeance
De l’orgueil et de l’arrogance
Où Narcisse s’était noyé :
Son refus d’Echo fut payé
Car tant se mira le mouflet
Qu’il s’amouracha du reflet.
Et, comprenant qu’il ne pourrait
Posséder ce qu’il désirait,
Et qu’il était inéluctable
Que l’objet soit inatteignable
Quoi qu’il pût faire ou qu’il pût dire,
Il se sentit envahi d’ire.
Hurlant, criant, empli de rage,
Il ne se tut qu’à l’amarrage
Qui le conduisit pantelant
Dessous la terre, chez Satan.
Il eut la mort pour châtiment
De son manque de sentiment.
Ainsi s’accomplissait le vœu
Dont Dieu avait donné l’aveu.

Garçons qui lisez mon poème,
Sachez ne pas agir de même
Et ne pas refermer la porte
Au bel amour que l’on vous porte.
Si vous lui opposez mépris,
Dieu vous fera payer le prix.

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A propos Franck Ferdinand

Poète franckferdinand@free.fr
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