Sur Sigmund Freud

onfray_freud-73fe0Ils ne savent pas que nous leur apportons la peste.

(Freud à Ferenczi et Jung sur le bateau qui les menaient aux Etats-Unis)

 

 

 

 

 

Comme dit le poète, Dieu préserve ceux qu’il chérit des lectures inutiles. Je ne me suis donc pas astreint à la lecture du best-seller anti-freudien de Michel Onfray. Je me suis contenté de l’écouter parler à la télévision lorsqu’il y fut invité, par exemple ici :

Si vous êtes intéressés, vous trouverez aisément bien d’autres vidéos de ce genre. J’ai eu grand plaisir à l’écouter discourir. C’était le plaisir que l’on a à entendre un bonhomme maîtrisant son sujet dire clairement et fermement ce que l’on s’était contenté soi-même d’intuitionner.

Car mes lectures éparses de Freud m’avaient depuis longtemps fait penser qu’on avait davantage affaire avec Freud à un auteur de polars qu’à un savant ou un médecin.

Régis Messac définit ainsi le roman policier : un récit consacré avant tout à la découverte méthodique et graduelle, par des moyens rationnels, des circonstances exactes d’un événement mystérieux. Avec Freud, on est en plein dedans.

Par exemple, en 1910, Freud reçoit à Vienne la visite de Sergueï Pankejeff. Le bonhomme est incapable de mener une vie normale. Perclus d’obsessions scatologiques, il n’est en état ni d’aimer ni de travailler. Pourquoi donc ? que s’est-il passé ?

Notre Hercule Poirot autrichien commence alors son enquête -la cure. Il interroge la victime, qui est aussi le témoin, pour accumuler des indices. Il apprend qu’à cinq ans le patient était déjà plus ou moins caractériel. Sa sœur, pour le tourmenter, aimait à lui coller sous le nez un certain livre de contes dont les illustrations de loups le terrorisaient. Puis, découvrant la religion, l’enfant, quoique très pieux, associait sans cesse les icônes qui ornaient sa chambre à des pensées salaces et, pour peu qu’il vît trois crottes par terre, il songeait à la Trinité. Le médecin soupçonne qu’il a affaire à une névrose obsessionnelle. Et la sœur, hum hum…

Mais elle n’est pas la seule suspecte. La nounou paraît bien louche elle aussi. Une fois, marchant devant les enfants, elle leur avait dit : « Regardez donc ma petite queue ! » Et cette s… n’hésitait pas à branler le jardinier dans la cabane du jardin ! L’ayant aperçue, il avait imité son comportement dépravé avec sa propre sœur. A moins que ce ne fût la frangine qui eût pris l’initiative de lui montrer ses fesses ? On ne sait plus.

Toujours est-il qu’à trois ans et des brouettes, lorsqu’il se masturbe devant la nounou, elle lui fait les gros yeux et lui promet une fort problématique blessure à l’endroit en question. Tiens donc ? n’y aurait-il pas de l’angoisse de la castration dans l’air ? Il semblerait, d’autant plus que son père lui avait lu l’histoire du loup qui, l’hiver, voulait attraper des poissons en se servant de sa queue comme canne à pêche. Mais la glace s’était reformée et le loup y avait perdu son appendice !

L’enquêteur en est là de son enquête. Il a accumulé des matériaux, des indices mais il patine. Quand tout à coup, aux trois quarts du récit, il fait une découverte décisive. Petit, l’homme aux loups rêvait que la fenêtre s’ouvrait d’elle-même durant son sommeil, laissant apparaître dans l’arbre en face sept vieux loups blancs aux grandes queues qui le fixaient.

Enfin tout s’éclaire ! La fenêtre qui s’ouvre, ce sont les yeux de l’enfant qui s’ouvrent parce qu’il se réveille ! Les vieux loups, c’est son père ! (La queue, je vous fait pas un dessin.) Loup blanc à cause de sa chemise de nuit blanche ! Ils sont sept, comme dans Le Loup et les Sept Chevreaux qui figurait dans le fameux livre de contes évoqué plus haut !

Ca y est, l’énigme est résolue : à l’âge d’un an et demi, Sergueï Pankejeff, dormant dans la chambre de ses parents, s’est réveillé pour assister au spectacle de la scène primitive : papa en train de prendre maman en levrette ! (Par derrière, c’est important : on voit tout, et ça explique la fixation du patient sur la merde et les fesses.)

L’enfant a été pris du violent désir d’être sodomisé par son père. Mais cette envie angoissante s’est heurtée à son instinct mâle. D’où le conflit psychique, névrose, angoisse de castration, tout ça, tout ça. Il a fallu quatre ans de travail pour en arriver là mais bon, en 1914, Sergueï est guéri.

J’avoue, il a un peu replongé, mais Freud l’a à nouveau guéri en 1919. Accessoirement, Michel Onfray m’apprend que dans les années 70, on retrouve l’homme aux loups, désormais vieillard cacochyme, après une vie à se faire psychanalyser, toujours aussi frapadingue souffrant. Mais c’est un détail.

L’homme aux loups, Dora, le petit Hans, l’homme aux rats : vous pouvez lire Freud. C’est foutrement bien écrit et tout à fait captivant. Et si l’on a coutume d’accorder du génie à Agatha Christie ou à Alfred Hitchcock, je ne vois pas pourquoi on en refuserait à Freud. Mais pour ce qui est de la valeur scientifique de l’oeuvre d’Agatha Christie, je serais plus dubitatif. Et quant à ses vertus curatives…

Publicités

A propos Franck Ferdinand

Poète franckferdinand@free.fr
Cet article, publié dans Philosophie, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Sur Sigmund Freud

  1. pharamond dit :

    Quelqu’un a dit que Freud a cru pouvoir tirer des règles universelles en écoutant des bourgeoises viennoises de la fin du XIXe siècle. C’est un peu radicale mais sûrement pas tant que ça.

  2. Il a aussi écouté ses propres fantasmes.

  3. Agg dit :

    Le problème avec Michel Onfray, c’est qu’il se montre incapable de produire une critique raisonnable : il sanctifie ou il déboulonne, sans mesure. S’agissant du maître viennois, après avoir été un dévot pendant des années, croyant dur comme fer aux « cartes postales » freudiennes, voilà qu’il adhère à présent aux « contre cartes postales », après dépucelage tardif auprès des critiques du freudisme. Cela prêterait à rire si notre philosophe du bocage normand n’avait pas une audience nationale lui permettant de diffuser largement ses idées courtes.

  4. En ce moment, je suis plongé dans Schopenhauer. Je ne pense pas qu’Onfray arrive à la hauteur de l’orteil de ce genre de penseurs. Mais par rapport aux autres habitués des plateaux de la télévision, je trouve qu’il hausse plutôt le niveau.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s