De Gustave Flaubert

Gustave-FlaubertLes mercenaires barbares se sont révoltés contre la république de Carthage. Hamilcar, à la tête de l’armée punique, leur a infligé une terrible défaite.

On les rangea par terre, dans un endroit aplati. Des sentinelles firent un cercle autour d’eux, et on laissa les femmes entrer, par trente ou quarante successivement. Voulant profiter du peu de temps qu’on leur donnait, elles couraient de l’un à l’autre, incertaines, palpitantes; puis, inclinées sur ces pauvres corps, elles les frappaient à tour de bras comme des lavandières qui battent des linges; en hurlant le nom de leurs époux, elles les déchiraient sous leurs ongles; elles leur crevèrent les yeux avec les aiguilles de leur chevelure. Les hommes y vinrent ensuite, et ils les suppliciaient depuis les pieds, qu’ils coupaient aux chevilles, jusqu’au front, dont ils levaient des couronnes de peau pour se mettre sur la tête. Les Mangeurs-de-choses-immondes furent atroces dans leurs imaginations. Ils envenimaient les blessures en y versant de la poussière, du vinaigre, des éclats de poterie : d’autres attendaient derrière eux; le sang coulait et ils se réjouissaient comme font les vendangeurs autour des cuves fumantes.

(Salammbô)

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A propos Franck Ferdinand

Poète franckferdinand@free.fr
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